La Culture en FWB
Vues de Guillaume Van Parys présentées lors de la Rencontre du 10/2/2026
SITUATION POLITIQUE DE LA CULTURE EN FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES
02/03/2026
Le secteur culturel en Belgique francophone subit actuellement des attaques de plus en plus ouvertes de la part des différents gouvernements belges en exercice, à l’encontre de sa raison d’être, de sa légitimité et de son financement. S’inscrivant dans un contexte déjà difficile avant les dernières élections fédérales et régionales de 2024 (on se rappellera l’étiquette « non-essentiel » de la période COVID) et avec le pouvoir grandissant des techno-capitalistes (IA, streaming), le secteur culturel est aujourd’hui ouvertement menacé ; ce qui est d’une gravité inégalée.
Ainsi, la culture belge francophone ne se bat plus aujourd’hui juste pour ses subsides, elle se bat contre un modèle de société. Il y a un vrai enjeu idéologique sur ce que la culture représente, sur ce à quoi elle contribue et sur son financement. Un constat qui devrait alarmer et activer tout démocrate véritable car là où la culture recule, le fascisme avance.
Bien sûr, les attaques concernent aussi d’autres secteurs connexes comme la sécurité sociale, l’enseignement, la recherche, l’indépendance des médias, la solidarité, le vivre-ensemble, etc. Toutes les attaques sur ces secteurs ont aussi un impact sur les travailleurs des arts. Le défis est donc transversal et idéologique.
Afin d’étayer ce constat, voici une série de faits récents qui sont particulièrement préoccupants pour le secteur culturel. Et additionnant tous ces faits, on se rend bien compte qu’aujourd’hui la culture et la démocratie sont en danger. Voici donc un panorama non exhaustif des dernières attaques à l’encontre du secteur culturel en Fédération Wallonie-Bruxelles.
- DIMINUTION DES SUBSIDES CULTURELS
Durant la législature précédente avec Bénédicte Linard (Ecolo), les moyens pour la culture ont augmenté de 80 millions d’euros (entre 2017 et 2024). Aujourd’hui, sous la législature de la ministre présidente Elisabeth Degryse (Engagés) la Culture est concernée par des coupes budgétaires à hauteur de 12,9 millions d’euros.
Pour avoir une idée de l’impact : sur un budget de plus de 320 millions, les mesures annoncées pèsent donc pour 4% d’économies.
Les mesures d’économie sont les suivantes :
- Non-indexation des subventions
Le gouvernement a voté la non-indexation des moyens alloués aux différents acteurs. Une mesure qui touchera forcément tous les acteurs culturels de manière indifférenciée, leurs budgets ne suivant alors plus l’inflation.
- Moratoire sur les nouvelles reconnaissances des centres culturels
Le gouvernement prévoit de ne plus prendre en considération les demandes de reconnaissances supplémentaires de nouveaux centres culturels, de nouvelles bibliothèques ou de nouveaux centres d’éducation permanente.
- Diminution des enveloppes des « aides ponctuelles »
En plus des conventionnements et des aides dites « pluri-annuelles », il existe aussi une enveloppe d’aides plus ponctuelles pour financer des projets culturels. Celle-ci sera rabotée de près de 13 millions d’euros.
- Fin du subventionnement des organisations de jeunesse liées aux partis politiques
Le gouvernement a acté la suppression des reconnaissances accordées à certains organismes liés à des partis politiques. C’est notamment le cas de plusieurs organisations de jeunesse, des centres d’archives ou des centres d’éducation permanente. Leur reconnaissance s’arrêtera d’ici la fin de l’année 2026.
Notons au passage que les subsides aux entreprises privées, tous niveaux de pouvoir confondus – s’élèvent pour la Belgique à 9,2% du PIB. Les dépenses culturelles s’élèvent quant à elles à 0,7% du PIB, alors que le secteur représente 5% du PIB.
- FIN DE LA GRATUITÉ D’INSCRIPTION AUX ACADÉMIES D’ART POUR LES MOINS DE 12 ANS
Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de supprimer l’accès gratuit aux enfants de moins de 12 ans. Leurs parents doivent donc maintenant payer un minerval de 94€/enfant. Les enfants de moins de 12 ans représentent entre 1/3 et 2/3 des élèves d’académie.
- Conséquences :
- Un recul de l’accessibilité culturelle et de l’égalité culturelle
- Appauvrissement des familles
- Moins d’inscris dans les académies, donc moins de budget pour celles-ci car leur dotation dépend du nombre d’inscris. Répercussions en cascade. Perte d’emploi de professeurs.
- Moins de personnes formées et éveillées aux arts = moins de futurs professionnels
- Zones rurales particulièrement fragilisées (suppression d’implantations décentralisées).
- Détricotage du tissu socio-culturel que représentent les académies d’art
- PERTE DU STATUT D’ARTISTE EN CAS D’EMPLOI DE MOINS DE 1/3 TEMPS
A partir du 1er mars 2026, une personne travaillant moins d’1/3 temps avec un complément de chômage devra soit refuser le temps partiel soit refuser le complément de chômage. Cela représente donc un appauvrissement de toutes ces travailleurs.
- En mars 2025, 3000 personnes étaient concernées par ce type d’emploi en étant au chômage, dont une majorité de femmes.
- Une requête en annulation et demande de suspension a été introduite en octobre 2025 devant la Cour Constitutionnelle, contre la réforme du chômage, qui inclut cette mesure concernant les artistes.
- Mais le 15/01/2026 la Cour Constitutionnelle a rendu son avis, en ne suspendant pas la réforme du chômage, ce qui veut a priori dire que la mesure va entrer en vigueur en mars.
- Il s’agit d’une catastrophe pour les professeurs d’académies et d’écoles d’art qui devront refuser des cours pour ne pas perdre leur statut. C’est à nouveau une réforme qui attaque l’emploi des artistes.
Source : https://kingkong-mag.com/statut-artiste/
- RÉFORME DE LA TVA
Le gouvernement fédéral a entamé une réforme de la TVA qui s’est avéré être un fiasco complet. La proposition de loi, aujourd’hui abandonnée, prévoyait de maintenir le taux de 6% pour les représentations de théâtre, de chorégraphie, de musique classique, d’opéra et de cirque, et d’augmenter ce taux à 12% pour les concerts de pop, de rap, de rock ou de jazz, par exemple. Cette réforme a été présentée comme un compromis boiteux entre les différents partis au pouvoir et était tellement illisible (quid d’un spectacle de théâtre comprenant de la musique pop ?!), arbitraire et discriminatoire (« hautes » cultures vs. cultures populaires) que le gouvernement a du faire marche arrière.
La réforme va être modifiée donc on ne sait pas encore si les biens culturels seront plus taxés ou non. Quoi qu’il en soit, l’intention du gouvernement ne fait aucun doute. Or, chaque pourcentage de TVA en plus, c’est un cachet qu’on renégocie à la baisse, un plateau technique qu’on réduit, une date qu’on annule, un ou une jeune qui renonce à un concert parce que le billet dépasse son budget.
Sources : https://www.rtbf.be/article/selon-que-vous-soyez-opera-ou-rock-la-tva-augmentera-ou-pas-11668649
https://www.septmille.be/chronique/6-pour-lopera-12-pour-le-rock-quand-la-tva-trie-nos-cultures
- RÉFORME DE LA FISCALITÉ DES DROITS D’AUTEURS
Le Kern s’est accordé le 12/12/2025 sur un maintien des abattements fiscaux forfaitaires au bénéfice des seuls artistes titulaires d’une attestation de travail des arts. Pour mémoire, aujourd’hui, tout bénéficiaire de droits d’auteur (revenu mobilier taxé à 15 %) bénéficie en outre de la possibilité d’opter pour des frais forfaitaires plutôt que des frais réels, et obtenir ainsi un abattement de 50 % sur la première tranche de droits d’auteur allant de 0 à 20.100 euros (la tranche dans laquelle se situe l’essentiel des artistes), ainsi qu’un abattement de 25 % sur la tranche située entre 20.100 et 40.190 euros. C’est cet avantage que le Kern a décidé de supprimer, sauf pour les travailleurs des arts.
- RÉFORME DES PENSIONS DES ARTISTES
Le gouvernement veut que les « périodes assimilées » (chômage, maladie) ne comptent plus que pour 20 % dans le calcul de la retraite. En clair, si un artiste a des trous dans sa carrière – ce qui est la norme pour un artiste – sa pension s’effondre.
Le gouvernement prévoit une réforme à partir de 2027 qui limite fortement la quantité de périodes « assimilées » que le Travailleur Des Arts peux faire compter dans sa carrière « pensionnable ». À partir de 2027 : Seulement 40 % de la carrière (en durée) pourra être composée de périodes « assimilées » (c’est-à-dire non travaillées mais comptées comme travail pour la pension). Ce plafond diminuera de 5 % par an. Et à partir de 2032, maximum 20 % de la carrière pourra être composée de périodes assimilées. En d’autres termes, en 2032 seulement 20% maximum des jours sous allocation des arts pourront être assimilés à des jours de travail effectif pour les calculs de durée de carrière si on les assimile à des allocations de chômage. Autrement dit, si cette mesure s’applique aussi à l’allocation des arts, on envoie tous les allocataires des arts à la GRAPA (pension de survie comparable au revenu d’intégration sociale).
Concrètement, pour une carrière complète de 45 ans, seules 9 années de statut pourront être prises en compte. Cela signifie que les travailleur.euses qui ont bénéficié du statut (ou d’autres périodes assimilées) pendant plus de 9 ans perdront une partie de leur pension. Dans les cas les plus extrêmes, cela représente 36 années perdues !
https://www.scam.be/actualites-ressources/memorandum-pension-travailleureuses-des-arts/
- SUPPRESSION PAR LE FÉDÉRAL DU SUBSIDE « PAS » DE L’ENVELOPPE ARTICLE 27
Depuis le 1er janvier 2026, le subside « Participation et Activation Sociale » (PAS) est supprimé par le fédéral. Ce subside permettait, notamment, de soutenir financièrement des activités culturelles et sociales, via l’octroi de tickets ART 27, mais aussi d’intervenir pour les enfants et adolescents, dans les frais et voyages scolaires, abonnements TEC, cotisations à des clubs sportifs, …
Pour les associations, la disparition du soutien fédéral risque de creuser davantage les inégalités culturelles. L’Article 27, né il y a plus de vingt ans, repose sur un principe simple : rendre la culture accessible à tous, quels que soient les moyens financiers.
La suppression du subside met donc en péril non seulement un outil d’inclusion sociale, mais aussi le lien entre monde culturel et public précarisé.
- RÉFORME DU STATUT D’ARTISTE
En 2022 est entrée en vigueur la réforme du « statut d’artiste », devenu « statut du travailleur des arts ». Fruit d’une longue négociation entre le secteur culturel et le politique, cette réforme présente des avancées pour les travailleurs des arts mais aussi des difficultés supplémentaires.
Parmi les avancées :
- simplification d’accès au statut, notamment pour les artistes débutants
- l’intégration de plus d’activités artistiques-techniques et artistiques de soutien auparavant exclues du statut,
- une meilleure protection sociale en matière de maladie ou de parentalité,
- la création de la Commission du travail des arts,
- site internet mis en œuvre par le SPF Sécurité sociale, Working In The Arts (WITA), qui centralise désormais l’ensemble de l’administratif lié à la constitution et l’envoi d’un dossier.
- Les critiques :
- manque de critères objectifs pour accepter les dossiers des demandeurs
- absence de procédures de recours,
- complexité administrative qui perdure dans ce nouveau système,
- durcissement des conditions de renouvellement (8x plus de prestations à prouver)
- inaccessibilité de la Commission malgré la mise en place d’une ligne téléphonique directe.
- Plafonnement les salaires.
- Inégalité de traitement entre la commission paritaire cinéma et les autres commissions paritaires culturelles.
- FERMETURE DE LA MÉDIATHÈQUE NOUVELLE
Le 13 octobre 2025, le gouvernement de la FWB a annoncé, sans concertation et dans une logique purement comptable, son intention de ne pas renouveler le contrat-programme de Médiathèque Nouvelle, ce qui conduira à la cessation de ses activités d’ici fin 2026. Cette décision entraînera un licenciement collectif du personnel (55 personnes), la suspension des projets et collaborations en cours, et pose la question du sort de son patrimoine sonore, visuel et numérique, constitué depuis près de 70 ans.
Au-delà de la disparition d’un service public, c’est une conception du travail culturel qui s’efface : un patrimoine tout autant immatériel que matériel, des savoirs transmis, une intelligence collective du lien entre œuvres et publics. C’est aussi la perte d’une médiation humaine, sensible et critique que nulle plateforme algorithmique ne remplacera jamais.
Conséquences :
- Un désert de médiation culturelle : la disparition de centaines d’actions locales qui font vivre la culture là où elle ne va plus d’elle-même.
- La rupture d’un accès équitable à la culture.
- Une perte sèche de compétences : métiers de la médiation, de la programmation, de la documentation et de la création d’outils pédagogiques — des savoir-faire humains irremplaçables.
- Un appauvrissement du regard critique sur la création.
- Un signal politique désastreux : la médiation culturelle est le levier même de l’accès à la culture pour toutes et tous, pas une dépense “redondante” ni une ligne comptable superflue.
Pour nombre d’acteurs et d’actrices culturel·les, il s’agit moins d’un ajustement technique que d’un tournant politique : celui d’un pouvoir qui considère la culture comme un coût, non comme un investissement collectif.
- FERMETURE DE LA CENTRALE, LE CENTRE D’ART CONTEMPORAIN DE BRUXELLES
La nouvelle est tombée comme un couperet : La Ville de Bruxelles ferme La Centrale, centre d’art contemporain, pour février 2026. Une décision inattendue, d’autant plus brutale qu’elle intervient à peine un an après la réouverture du lieu, fraichement rénové, et à quelques mois d’un vingtième anniversaire qui n’aura donc jamais lieu. Entre coupes budgétaires pour la culture, fermetures et visions comptables, le monde culturel et artistique se retrouve en première ligne d’un combat essentiel : défendre la place de la création et de l’art.
L’annonce a sidéré les travailleurs et travailleuses des arts. Le personnel préparait déjà la programmation de 2026, fidèle à la mission de La Centrale : offrir un espace de visibilité aux artistes émergent·es, souvent issu·es des écoles d’art bruxelloises, et mener un travail reconnu en matière d’inclusion, d’accessibilité et de médiation culturelle.
La fermeture de La Centrale intervient dans un contexte déjà alarmant. L’été dernier, la Ville de Bruxelles a annoncé une réduction de 15 à 20 % de son budget Culture pour 2025. Une mesure qui frappe de plein fouet des institutions majeures comme le KVS et le Théâtre Royal du Parc, sommés de puiser dans leurs réserves financières pour compenser la baisse des moyens.
- FERMETURE DES ATELIERS CLAUS À BRUXELLES
Au départ plutôt atelier d’artistes, cet espace est peu à peu devenu un lieu de concert indépendant réputé. Après 18 ans d’existence, il va fermer ses portes en avril 2026, faute de financement.
“Au cours des dernières années, Les Ateliers Claus ont fonctionné uniquement grâce à des financements privés et à des bénévoles. Malheureusement, ces financements privés ont pris fin“, annoncent les Ateliers Claus sur leur site Internet. Sans aucune subvention publique ni soutien du gouvernement, les gérants de ce lieu culturel disent ne pas pouvoir continuer avec “un modèle économique qui s’est révélé insoutenable sur le long terme.”
- FERMETURE DE CORPS ET LOGIS
Le 11 mars 2025, après 50 ans d’habitat à la Ferme du Biéreau, la commune d’Ottignies-Louvain-la-Neuve a évacué les habitant·es de l’ASBL Corps & Logis sous couvert d’un risque imminent d’incendie. La stabilité structurelle du bâtiment n’était pourtant nullement mise en cause.
Depuis 2011, l’ASBL et les habitant·es sont liés à leur propriétaire, la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, par une convention d’occupation. Une visite de la zone de secours a eu lieu en 2023, mais l’association n’a reçu qu’en août 2024 le rapport de prévention incendie indiquant des prescriptions concernant le bâtiment du corps de logis. Ce temps perdu a ralenti les initiatives de l’association.
Une réunion était prévue pour rencontrer le bourgmestre et son équipe. En réponse à ce rapport, l’ASBL Corps & Logis a élaboré plusieurs propositions de travaux, à planifier avec la nouvelle équipe communale, et préparé un dossier traçant de nombreuses solutions chiffrées.
Mais le mardi 11 mars à 11h30, alors qu’une délégation d’habitant·e·s de la ferme est reçue dans une salle de réunion de la Maison communale, alors que se déroule un entretien constructif et serein, les participants à la réunion apprennent, avec surprise que, dès 11h45, un dispositif policier de plusieurs fourgons équipés de matériel anti-émeute forme un cordon autour du corps de logis. Puis que les portes d’entrée de leur logement sont grillagées de l’extérieur, enfermant certain·es des habitant·es et empêchant d’autres d’entrer. C’est un choc ! Néanmoins, la délégation confie, à l’équipe communale, ses dossiers techniques et culturels, pour de futures négociations.
Source : https://rbdl.be/ferme-biereau-corps-logis-evacuation/
- DES POLITICIENS HOSTILES ET INCOMPETENTS
Les attaques frontales les plus graves envers la culture concernent le président du MR, George-Louis Boucher. Il a par exemple proclamé :
« Je commence à très mal vivre qu’il faille protéger la culture et tout ce qui est non-productif »
« Nous allons gérer la Région comme des ingénieurs et pas comme des poètes ».
Le 04 janvier 2025, il a dit ne pas vouloir d’un modèle de culture « politisé » et vouloir supprimer le ministère de la culture. Il défend une « organisation culturelle libérale » qui repose sur des financements privés plutôt que sur des subsides publics.
- C’est une approche strictement utilitariste qui réduit désormais la création à sa seule rentabilité, son attractivité ou son impact économique immédiat, oubliant son rôle essentiel de cohésion sociale, de liberté d’expression et d’émancipation collective. Cette vision comptable fragilise les institutions, ignore les réalités du secteur et menace autant la diversité artistique que la capacité de la société à débattre, imaginer et se réinventer. Cette vision ne surgit pas de nulle part: elle constitue la suite logique du modèle capitaliste qui pousse à la surcapitalisation de tout, y compris la culture. Le profit avant l’humain.
- Or la culture est un rempart démocratique contre les régimes autoritaires. Certaines personnalités politiques remettent en question le caractère politique de la culture. C’est inquiétant. Ce discours qui confine la culture à une forme de divertissement, est en réalité une tentative de neutralisation de son pouvoir de transformation sociale.
- Oui, la culture est politique parce qu’elle dit le monde tel qu’il est et esquisse des pistes d’évolutions. Elle s’est toujours située dans le champ politique et doit le rester. Chaque acte de création est un acte politique.
- C’est aussi une volonté de neutraliser ce qui dérange, d’éteindre les foyers de contestation.
- Le président des libéraux francophones « parle de produits culturels et de consommation culturelle. Or il convient plutôt de parler d’actions culturelles pour des personnes et d’un travail important pour la vitalité de la démocratie, pour le vivre ensemble et la cohésion sociale.
Les propos du président du MR constituent bien entendu une stratégie politique désormais bien connue du déplacement de la fenêtre d’Overton : déplacer les limites du débat public pour rendre acceptable ce qui semblait impensable il y a encore peu de temps. Il participe à une entreprise plus vaste de réduction des espaces de pensée et de liberté. Ce qui se dessine derrière cette vision libérale de la culture est en réalité limpide : un monde où tout est réduit à l’efficacité et à l’utilité, un abandon des rêves et des projets collectifs. Ce n’est pas seulement un ministère qui est attaqué ici. C’est un pan entier de ce qui constitue l’humanité : la liberté de créer, de s’exprimer, et de penser autrement.
Par ailleurs, le secteur culturel dispose d’une ministre (Elisabeth Degryse, Les Engagés) qui, de ses propres aveux, « n’est pas plus que ça portée sur la culture ». Elle n’a visiblement que peu de connaissances en matière de politique culturelle. Elle est par ailleurs sous le coup d’une plainte pour harcèlement au travail, avec sa cheffe de cabinet. L’article du Soir du 21 février est édifiant par rapport à la vie interne du cabinet et de l’administration de la culture.
CONCLUSION
Ce qui se passe aujourd’hui, (dé-financement, réformes nocives, fermetures, attaques verbales, incompétence, recentrage sur l’événementiel et la rentabilité, abandon des missions de service public, etc.) n’est pas une dérive accidentelle mais une conséquence logique du libéralisme appliqué à la culture. Dès que le profit devient la boussole, tout ce qui n’y correspond pas est considéré comme obsolète. On observe ainsi aujourd’hui un changement de paradigme en Fédération Wallonie-Bruxelles qui met en péril le secteur culturel tout entier, l’accès à la culture, la démocratie et la pensée critique. Ce fait intervient par ailleurs dans un contexte global très tendu par rapport conditions de vie des travailleurs des arts, bouleversées par les techno-capitalistes (IA, streaming, etc. )
Face à ces attaques répétées, il est indispensable que tous les représentants et mandataires politiques réaffirment le rôle essentiel de la culture dans la défense des valeurs d’égalité, de solidarité et de liberté.
Guillaume Van Parys
02/03/2025